La protection des working poor en Grande-Bretagne. Des Wages Councils au salaire minimum interprofessionnel

Résumé : Pendant la majeure partie du 20ème siècle, les travailleurs les plus pauvres de l'industrie britannique ont pu compter sur l'État pour protéger leurs salaires. Dans un premier temps, ce sont les Trades Boards (Conseils Industriels) qui assurent cette protection. Après la Seconde Guerre mondiale, ils sont transformés en Wages Councils (Conseils des Salaires)1. En 1953 lorsque ce système bat son plein, les Conseils des Salaires établissent des salaires minima pour quelque 3,5 millions de travailleurs. Quarante années plus tard lorsque le gouvernement de Mme Thatcher décide de les supprimer2, ce sont quelque 2,5 millions de personnes qui, au nom de la dérégulation du marché, se retrouvent sans aucune protection en matière de salaire minimum. Il s'agit là des working poor de l'industrie britannique, les plus démunis du marché de l'emploi dont les salaires sont établis en dehors de tout cadre légal après la suppression des Wages Councils. Pourtant, la mise en place de l'Etat-providence après 1945 aurait été l'occasion idéale de mettre un terme à l'avilissement des salaires des plus pauvres. Conformément à l'esprit du rapport Beveridge3, les pouvoirs publics auraient pu prendre des mesures pour améliorer le sort des working poor à commencer par l'instauration d'un salaire minimum interprofessionnel (SMI). Or, au nom de la sacro-sainte convention collective (free collective bargaining), les Britanniques ont toujours préféré un système sélectif de fixation de salaires minima à la rigidité d'un seul plancher de rémunération. En effet, une gamme étendue de salaires minima présente l'avantage non négligeable d'être bien plus souple qu'un seul salaire minimum. Dans une certaine mesure, on peut ainsi tenir compte des contraintes et des spécificités à la fois des différents secteurs de l'industrie et des différentes régions du territoire national. Mais en même temps, la fixation de plusieurs minima débouche sur un système confus, maladroit et peu adapté aux personnes qu'il est censé protéger. C'est ainsi, en tout cas, que le gouvernement conservateur présente les Conseils des Salaires lorsqu'il décide, en 1993, de supprimer la protection des salaires en affirmant, par ailleurs, qu'il cherche à débarrasser le marché de l'emploi de toute entrave à l'embauche.
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Brigitte LESTRADE. Travail et Précarité, les " Working poor " en Europe, l'Harmattan, pp. 241-257, 2011, collection "Logiques Sociales"
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Timothy Whitton. La protection des working poor en Grande-Bretagne. Des Wages Councils au salaire minimum interprofessionnel. Brigitte LESTRADE. Travail et Précarité, les " Working poor " en Europe, l'Harmattan, pp. 241-257, 2011, collection "Logiques Sociales". 〈hal-01018541〉

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